Mafiaboy n'est pas un héros

François Berger

La Presse, Montréal, le samedi 10 juin 2000 – La célébrité momentanée gagnée ce printemps par Mafiaboy, cet adolescent montréalais accusé d'avoir piraté et paralysé pendant des heures de grands sites Web comme ceux de CNN, Yahoo, Amazon ou Excite, ne fait pas de lui un héros parmi les jeunes de son âge aussi férus d'Internet.

«C'est con, ce qu'il a fait», disent en chœur Patrick Bélanger et Manuel Anglehart, des élèves de secondaire III qui fréquentent assidûment la salle réservée à l'Internet de l'école polyvalente Édouard-Montpetit, rue Pierre-de-Coubertin dans l'est de Montréal.

Tout ce que Mafiaboy a réussi à faire, c'est «empêcher les autres» de visiter les sites touchés, ajoutent les deux jeunes sur un air de reproche. Le pirate montréalais a comparu mardi dernier devant la chambre de la jeunesse et son procès devrait s'ouvrir l'automne prochaine.

Un autre adolescent montréalais, utilisant le sobriquet de «JOn» sur l'Internet, a été condamné le mois dernier pour avoir piraté les sites de la NASA, de l'Université Harvard, du Collège Dawson à Montréal et d'autres sites Web. Lui non plus ne trouve pas grâce aux yeux des autres adolescents.

Mafiaboy et JOn passaient de nombreuses heures chaque jour à «naviguer» sur la Toile, une quinzaine d'heures dans le cas de JOn. L'Internet est une activité chronophage, et le piratage encore davantage.

Comme Patrick et Manuel, Andréanne, qui est aussi en secondaire III à l'école Édouard-Montpetit, passe beaucoup de temps sur le réseau Internet. Au moins 10 heures par semaine, avoue-t-elle. «Chez ma mère, je n'ai pas grand-chose d'autre à faire», dit Andréanne. Son activité préférée sur le Net : le courrier électronique et le «chat» (dialogue en direct avec d'autres internautes).

Les filles passent un peu plus de temps que les garçons à faire du «chat» et du courrier électronique, selon la firme de recherche Youth Culture, qui vient de terminer un vaste sondage auprès des adolescents du Canada et de leurs parents. Cependant, au total, les garçons passent près de 11 heures par semaine «en ligne» et les filles huit.

Youth Culture a constaté que les adolescents québécois consacrent à Internet trois heures de plus par semaine, en moyenne, que les jeunes du Canada anglais… pas étonnant qu'on ait découvert à Montréal deux cyberpirates de 15 ans !

Selon Patrick Thoburn, de la firme torontoise, les jeunes Québécois ont embrassé le nouveau média plus rapidement que ceux du reste du Canada parce qu'ils sont plus portés vers la technologie et aussi parce qu'ils utilisent davantage les médias en général.

Le cyberpiratage est un phénomène «marginal», selon M. Thoburn. Le sondage de Youth Culture montre, dit-il, que les adolescents internautes ne sont pas des «maniaques antisociaux» comme le veut le stéréotype. «Ils sont bien élevés, bien éduqués, pratiquent des sports et fréquentent des amis», note M. Thoburn en précisant que 22% des adolescents interrogés utilisent l'Internet en compagnie d'une autre personne.

Le sondage a aussi joint 450 parents d'adolescents. Huit sur dix croient qu'Internet est «positif» pour leurs enfants, mais 73% aimeraient que le grand réseau électronique soit davantage «contrôlé».

À l'école Édouard-Montpetit, qui possède un ordinateur pour cinq élèves, l'accès aux sites Web est contrôlé électroniquement. Un filtre électronique bloque automatiquement l'accès aux sites jugés «excessifs», qu'il s'agisse de violence ou de pornographie, explique Ouahiba Hamouche, enseignante en informatique.

N'empêche qu'une vingtaine d'élèves, dont certains de secondaire I, ont été bannis de la salle réservée à l'Internet, depuis le début de l'année, pour avoir enfreint le règlement et visité des sites pornographiques, en dépit de la barrière électronique érigée par l'école. Il est en effet impossible de faire un blocage complet, puisque certains sites peuvent être atteints en «naviguant» sur d'autres sites comportant des liens non identifiés.

La salle Internet de l'école Édouard-Montpetit comprend une trentaine d'ordinateurs, occupés en permanence pendant les heures d'ouverture du local. «Il a fallu établir une liste de réservations, parce que, au début, les élèves devaient faire la queue et se bousculaient pour entrer», indique le responsable, Michel Cloutier.

L'Internet permet notamment aux jeunes de mieux faire leurs travaux scolaires, note Mme Hamouche. Souvent, les élèves envoient par courriel leurs travaux aux enseignants, dit-elle. Il y a bien sûr quelques élèves «accros», qui font trop d'Internet au détriment des autres matières, souligne l'enseignante, mais ils sont une minorité.

Outre le «chat» et le courriel, les principaux champs d'intérêt des adolescents sur l'Internet sont la musique, les sports et les jeux interactifs.

Le sondage de Youth Culture montre que seulement 10% des jeunes internautes font des achats en ligne. Ce n'est pas à cause de l'absence d'une carte de crédit, selon la firme de recherche, mais plutôt parce que les prix sont affichés en dollars américains ou parce qu'il faut acquitter des droits d'importation. Plus prosaïquement, des adolescents ont expliqué que leurs parents ne veulent pas qu'ils achètent par Internet.

Selon Youth Culture, les adolescents canadiens disposent en moyenne d'un revenu de 5800$ par année. Étant donné leur haut taux de fréquentation du Web, ils peuvent constituer une cible facile pour les nouveaux marchands virtuels.

Quelques sites dédiés aux jeunes

Ado-québec
http://www.citeweb.net/adoquebec/

AdoMondefrancophone
http://www.adomonde.net/

Le journal des Ados
http://multimania.com/jourados/

Info Ados
http://www.infoados.net/

Rescol
http://www.rescol.ca/home/f/

Kids.com
http://www.kids.com

Sommaire