Youth-Net/ Réseau d’ado

Youth Net/Reseau Ado (YN/RA) est un programme régional bilingue de promotion de la santé mentale à l’adolescence et de prévention des maladies mentales qui a été développé suite au Canadian Youth Mental and Illness Survey (CYMHIS) de 1993, grâce au support de l’association canadienne de psychiatrie. Cette étude a montré que plusieurs adolescents canadiens sont à haut risque pour les problèmes de santé mentale. L’étude a aussi montré que les adolescents préfèrent parler entre eux de ces problèmes. Toutefois, les recherches antérieures ont révélé que la deuxième cause de mort chez les adolescents canadiens est toujours le suicide et que l’adolescence est le seul groupe ou le suicide est en hausse.

Youth Net/Réseau Ado tente d’améliorer la communication en santé mentale et de diminuer les stigmates ainsi que les problèmes liés aux maladies mentales, de promouvoir une bonne santé mentale, de faciliter les interventions préventives, de faciliter l’intégration des adolescents dans les service de santé mental, et d’aider les adolescents à développer des contacts avec un réseau de soutien de professionnels en santé mentale. Une des façons de réussir dans cette voie est d’écouter les adolescents à travers des focus groupes, un lieu où ils peuvent communiquer leurs problèmes et leurs opinions.

Nous écoutons donc les experts et les adolescents. À ce jour, YN/RA a organisé 446 focus groupes dans l’Ouest du Québec et l’Est de l’Ontario.

Les focus groupes consistent en des sessions d’une heure et demi avec environ 8 à 12 participants et deux jeunes adultes (âgés de 20-29 ans) qui font office de facilitateurs. Les facilitateurs reçoivent une formation en gestion de groupe et en intervention de crise. Ces facilitateurs proviennent de différents milieux éducationnels et apportent ainsi de nouvelles expériences (étudiant en psychologie, travailleur social, ancien travailleur de rue, etc.). Tous ont un engagement bien défini envers le bien-être des jeunes. Les équipes de facilitateurs sont aussi composées de jeunes femmes et d’hommes provenant de différents milieux ethniques, culturels et sociaux pour pouvoir refléter la diversité de la population adolescente avec laquelle ils travaillent.

Chaque focus groupe est articulé autour de cinq questions : (1) Qu’est ce que la santé mentale? (2) Qu’est ce que la maladie mentale? (3) Quels problèmes sont importants pour vous? (4) Comment traitez-vous ces problèmes ? (5) Comment changeriez-vous le système de santé mentale pour qu’il réponde mieux à vos besoins?

De septembre 1995 à juin 1998, 4624 adolescents (âgés entre 12-20 ans) ont participés aux focus groupes de YN/RA. Cinquante et un pourcent des groupes étaient en anglais et 41% en français. Cinquante six pourcent des participants étaient des femmes et 44% des hommes. Quatre vingt quatre pourcent des groupes ont eu lieu en milieu scolaire et 16% se sont tenus avec des groupes n’ayant aucun rapport avec le milieu scolaire (incluant jeunes de la rue, jeunes dans des programmes alternatifs d’éducation, jeunes en santé, jeunes délinquants dans des centres de détentions, gay, lesbiennes et adolescents bisexuels, jeunes aborigènes, mères adolescentes). Voici un résumé des informations quantitatives et qualitatives fournis par les jeunes dans les focus groupes.

Résumé des données quantitatives

Les adolescents qui ont participés aux focus groupes de YN/RA ont complété un bref questionnaire sur leurs attitudes et comportements vis-à-vis de la santé mentale et des maladies mentales. Plusieurs de ces questions étaient similaires à celles posées par l’étude CYMHIS (1993). Le résumé suivant compare et fait ressortir les réponses des groupes de YN/RA en milieu scolaire par rapport à ceux hors milieu scolaire, avec une attention particulière pour les différences entre sexes.

Les jeunes ne provenant pas du milieu scolaire ont rapporté qu’ils sont plus affectés par les problèmes de santé en générale (50% vs 45%) et de santé mentale (39% vs 35%) comparativement aux jeunes provenant du milieu scolaire. Les filles ont rapporté un plus grand intérêt envers la santé physique (53% vs 38%) et la santé mentale (42% vs 28%) que les garçons.

En général, un grand nombre d’adolescents a rapporté un haut niveau de stress (69% des jeunes hors du milieu scolaire contre 63% des jeunes du milieu scolaire) et des sentiments de dépression (49% des jeunes horsdu milieu scolaire et 40% des jeunes du milieu scolaire). Pour les données sur le stress et la dépression par sexe, les femmes ont rapporté d’important niveau de stress (72% vs 53%) et de dépression (48% vs 33%) par rapport aux hommes.

La proportion d’adolescents qui ont rapporté avoir des pensées suicidaires ou qui ont tenté de se suicider est particulièrement inquiétante. Des jeunes du milieu scolaire, 25% ont rapporté avoir eu des pensées suicidaires, 10% ayant eu de telles pensées durant les trois derniers mois. Neuf pourcent des jeunes du milieu scolaire ont rapporté avoir tenté de se suicider. Comparativement, 39% des jeunes hors du milieu scolaire ont rapporté avoir eu des pensées suicidaires, 19% ayant eu de telles pensées récemment. Vingt trois pourcent des jeunes hors du milieu scolaire ont indiqué qu’ils ont essayé de se suicider. Les adolescentes ont rapporté plus d’idées suicidaires durant leur vie (32% vs 21%), de pensées suicidaires récentes (14% vs 8%) et de tentatives de suicide (14% vs 8%) que les adolescents. En dépit de ces haut taux de pensées et de tentatives de suicide, 42% des jeunes du milieu scolaire et 37% des jeunes hors du milieu scolaire ne les ont jamais révélé à qui que se soit. Les adolescents (50%) sont moins enclins que les adolescentes (36%) à parler de leurs pensées et de leurs sentiments.

Il y a beaucoup de jeunes qui, lorsqu’ils font face à des problèmes de santé mentale, vont s’occuper eux-mêmes de leurs problèmes. Les adolescents hors du milieu scolaire ont plus tendance à s’occuper eux-mêmes de leurs problèmes que les adolescents du milieu scolaire (44% vs 33%). Si un adolescent approche quelqu’un pour de l’aide en santé mentale, il aura plus tendance à parler à des amis (32% des jeunes hors du milieu scolaire et 47% des jeunes du milieu scolaire). Un petit nombre de jeunes hors du milieu scolaire (3,2%) et de jeunes du milieu scolaire (1,1%) ont indiqué qu’ils parleraient à un professionnel au sujet de ces problèmes.

En général, les données quantitatives de YN/RA suggèrent qu’il existe un niveau plus élevé de détresse que celui qui a été rapporté auparavant (ex. CYMHIS, 1993). La différence entre les sexes demeure frappante à travers tous les aspects de la santé mentale. Les adolescentes ont rapporté plus d’intérêt pour leur santé mentale et plus de stress et de dépressions que les garçons. Elles sont aussi plus nombreuses à avoir des pensées et des comportements suicidaires, mais elles sont plus nombreuses à chercher des personnes pour discuter de leurs problèmes. Il y a aussi une grande différence entre les jeunes venant du milieu scolaire et ceux hors du milieu scolaire dans leurs attitudes et comportements relatifs à la santé mentale ainsi qu’à la maladie mentale. Cela souligne l’hétérogénéité parmi les jeunes et le besoin de considérer une variété de solutions pour mieux répondre aux besoins en santé mentale chez les jeunes.

Résumé des données qualitatives

Le résumé suivant montre les opinions et les idées des jeunes participants, comme ils nous les ont communiqué à travers les focus groupes.

« La santé mentale, c’est comme un jeu de balançoire et quelqu’un peut s’en aller »

Dans leurs discussions sur la santé mentale, seulement une minorité d’adolescents (20%) ont défini la santé mentale d’une manière positive. Les commentaires incluent un accent sur des stratégies pour se débrouiller, un état d’esprit positif et une haute estime de soi. La majorité des jeunes définissent la santé mentale dans des termes soit très négatifs (32%) soit neutres (48%). Il semble que les jeunes sont limités dans leur compréhension de la santé mentale.

« La maladie mentale signifie l’incapacité de faire affaire avec l’école, le travail, les parents. »

En général, les commentaires et les discussions des adolescents sur la maladie mentale peuvent être regroupés en trois grandes catégories: état émotionnel négatif, stratégie de survie inefficace, maladies et/ou troubles mentaux spécifiques. Les troubles mentaux suivants sont les plus discutés dans les groupes: dépression (45%) et troubles alimentaires (25%). Ce qui n’est pas surprenant, c’est qu’il n’y a pas eu de définition positive pour la maladie mentale. Quatre vingt dix pourcent des commentaires relatifs à la maladie mentale sont négatifs, les autres 10% sont neutres.

Les jeunes ont identifié les éléments de stress suivants comme très importants pour eux : parents (80%), drogues et alcools (66%), argent (64%) et problèmes avec les pairs (62%). Lorsqu’on leur demande vers qui ils se tourneront pour de l’aide, les premiers choix des adolescents pour du soutien sont les amis (86%), et la famille (50%). Plusieurs adolescents n’iraient pas vers les professionnels suivants: psychologues et/ou psychiatres (43%), et conseillers d’orientation (26%). Il a été clairement établi que les adolescents considèrent leurs amis comme la ressource la plus importante pour eux lorsqu’ils ont besoin d’aide. Les amis sont décrits comme loyaux et honnêtes et les adolescents rapportent qu’ils se sentent à l’aise lorsqu’ils approchent leurs amis pour des problèmes. En comparaison, les adolescents n’ont pas une estime très haute des professionnels et ne souhaitent pas utiliser leurs services. Étant donné l’image négative des professionnels et des services de santé mentale, on a demandé aux adolescents de suggérer des moyens de changer le système pour qu’il puisse répondre à leurs besoins.

« Les professionnels doivent apprendre à ne pas parler, à écouter, à connaître une personne, à travailler avec des options, à travailler avec des pour et contre au lieu de dire quoi faire. »

Les adolescents ont suggéré qu’un accès 24h sur 24h est important. Ils ont aussi mis l’accent sur la confiance et le secret. Les jeunes ont mentionné le besoin des services dans la communauté. Toutefois, les adolescents ont suggéré que l’aspect le plus importante qui doit être changé dans le système de santé mentale est le fait pour les professionnels d’être « ouverts aux jeunes ». Lorsqu’on leur a demandé de définir « ouvert aux jeunes », les termes suivants sont mentionnés: auditeur attentif (36%), compréhensif (32%), traits personnels positifs (ex. sociable, dynamique, sens de l’humour, attitude positive) (29%), ne pas porter des jugements catégoriques (17%), serviable (15%), cool/comme un jeune (ex. proche des jeunes en âge ou du moins jeune dans leurs attitudes) (12%), respect de la confidentialité (11%). Les adolescents pensent que les professionnels doivent respecter les jeunes, s’abstenir de juger les jeunes, et apprendre à apprécier tout ce que les jeunes peuvent apporter à la société. Les participants ont aussi souligné le besoin de créer des liens entre les amis (qui sont appréciés pour leur soutien mais qui ne savent pas toujours comment aider) et les professionnels qui sont compétents mais qui ne sont pas recherchés par les jeunes.

« Envoyer les professionnels sur le « terrain », « immersion parmi les jeunes », aller voir par eux-mêmes qu’est ce qui se passe dans le monde des adolescents, les aider à s’identifier avec leur propre jeunesse »

Mise à jour et directions futures

YN/RA va continuer d’offrir des groupes à travers l’est de l’Ontario et l’ouest du Québec.

De plus, YN/RA offre des groupes thérapeutiques à long terme pour les jeunes ayant des difficultés. Ces groupes ont été initiés après avoir entendu des jeunes dire qu’ils ont besoin d’un soutien pratique à travers un groupe qui assure la continuité, où ils peuvent explorer et discuter plus à fond les problèmes de la vie, du stress et trouver ensemble des solutions aux problèmes. Notre modèle se veut flexible, orienté vers les adolescents. Le but de ces groupes thérapeutiques est d’aider les adolescents avec les éléments stressants de leur vie, de respecter et promouvoir les stratégies des adolescents et de fournir un réseau de ressources communautaires et professionnelles.

Les groupes thérapeutiques sont co-dirigés par des personnes expérimentées, des étudiants gradués en psychologie, des psychologues ou des psychiatres résidents, sous la supervision d’un psychologue et d’un psychiatre. Deux modèles distincts ont été développés. Le « modèle du groupe dépression » cible les adolescents qui ont des symptômes significatifs de dépression. Avant et après le groupe, les participants sont évalués sur une base individuelle. Les participants se rencontrent hebdomadairement sur une période de 12 semaines pour discuter de leur vie et tous les problèmes qu’ils peuvent avoir, trouver des solutions et se soutenir entre eux. Le « modèle du groupe support » n’inclue pas de pré-évaluation ou de post-évaluation. La durée du groupe de support varie selon les besoins des jeunes et les horaires de ces-derniers.

En association avec diverses agences, ces groupes de support ont été offerts à plusieurs groupes de jeunes : les jeunes de la rue, les jeunes en éducation alternative, les jeunes de milieu rural et les jeunes souffrant de maladies chroniques. La diversité des jeunes que nous atteignons s’étend grâce au nouveau modèle adapté pour les jeunes délinquants en centre de détention.

Une évaluation de ces groupes de Youth Net/Réseau d’Ado a été entreprise en 1998. L’évaluation a été conçue de façon participative par l’implication des jeunes dans le projet de recherche. Les facilitateurs, le personnel et les partenaires communautaires sont impliqués dans chaque étape. Les résultats de cette évaluation étaient très positifs. Les jeunes et les intervenants du réseau ont indiqué que les facilitateurs de YN/RA étaient très efficaces pour recréer un environnement sécuritaire et ouvert qui permet d’établir la confiance nécessaire à un soutien mutuel et partagé. Les jeunes participants ont été capables de discuter des problèmes de la vie courante et de trouver des solutions de groupe grâce au support des facilitateurs. Ces derniers ont formé de solides liens avec les adolescents, ont été capables de servir de pont entre les réseaux communautaires et les ressources professionnelles.

L’information recueillie peut être vue comme « molle ». Toutefois, il faut noter qu’un engagement a été fait au départ pour assurer la participation équivalente des jeunes dans la conceptualisation de l’évaluation. Les résultats des pré et post évaluations des groupes de dépression montrent l’amélioration de l’estime de soi et du fonctionnement global et la réduction des symptômes dépressifs.

Les résultats ont suggéré que nos groupes de support thérapeutique sont innovateurs, respectueux, et efficaces pour répondre aux besoins de santé mentale de beaucoup de jeunes.

En complément aux focus groupes et aux groupes thérapeutiques, YN/RA encourage aussi les jeunes à s’engager dans leur propre promotion de la santé mentale et dans des initiatives de prévention des maladies mentales. De telles initiatives ont donné lieu à un projet « Healthy Mind in Healthy Body : Snow Boarding Project » et la création de « Youth Fax » « Fax Ado ». Les deux derniers sont des revues écrites par les jeunes sur une variété de sujets à propos de la santé mentale. Chaque édition comprend des poèmes, de la prose et de l’information écrite en langue familière sur les sujets du jour en identifiant les ressources existantes pour adolescents confrontés à des problèmes. YN/RA est disponible pour faciliter la mise en oeuvre de programmes pour jeunes et offrir des formateurs aux jeunes pour qu’ils puissent organiser eux-mêmes leurs groupes.

À travers YN/RA, des liens ont été établis entre les jeunes et les professionnels en santé mentale. YN/RA tente de sensibiliser et d’informer les jeunes au sujet des maladies mentales et de la santé mentale, et en même temps éduquer les professionnels sur la flexibilité et la sensibilité requise pour mieux servir les jeunes. YN/RA facilite maintenant le développement de programmes satellites dans les communautés à travers le pays. Les communautés peuvent bénéficier des leçons apprises à YN/RA tout en adaptant notre approche et nos outils pour rencontrer les besoins des jeunes dans leurs communautés.